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Discours chef de délégation Tdh/présidente AFCF

ven, 11/15/2019 - 07:55

Depuis les années 1990, Terre des hommes et l’Association des Femmes Chefs de Familles s’engagent en Mauritanie à rendre visibles les difficultés des populations marginalisées, telles que les enfants et jeunes en contact avec la loi et les victimes de violences basées sur le genre.

 

En effet, souvent stigmatisées et mises à l’écart ils n’ont pas accès à leurs droits parce qu’eux-mêmes ne les connaissent pas, parce qu’on les leur refuse ou qu’ils n’ont pas les moyens de les réclamer.

 

Donner une voix à ces populations est la raison d’être de Tdh et AFCF.

 

Donner une voix aux enfants privés de liberté, c’est ce que Tdh a réalisé avec l'Etude Mondiale sur les Enfants Privés de Liberté. Présentée le 8 octobre 2019 lors de l'Assemblée générale des Nations Unies, elle présente l’ampleur du phénomène (entre 1,3 et 1,5 million d'enfants dans le monde) et propose des recommandations pour faire évoluer les lois et les pratiques. Tdh a vu dans l'Etude une occasion de s'assurer que le droit des enfants privés de liberté d'être entendus soit respecté et que leur opinion soit prise en compte. À cette fin, Tdh et ses partenaires académiques se sont entretenus avec plus de 270 enfants de 20 pays pour leur demander leur avis et leur donner la parole.

 

Beaucoup pensaient qu'il était impossible de faire participer des enfants à une recherche mondiale de cette envergure de manière significative et éthique, mais nous l'avons fait. Les résultats montrent l'importance d'écouter les enfants et nous rappellent qu'ils peuvent aussi être les acteurs de leur vie lorsqu'ils sont soutenus.

 

Donner une voix aux femmes et aux filles, c’est ce que l’AFCF s’attache chaque jour à faire afin de lutter contre l’impunité et les inégalités de traitement. En Mauritanie, comme malheureusement dans la plupart des pays africains, la situation socio-économique, politique et culturelle reste encore marquée par des inégalités Homme/Femme, au détriment de cette dernière ; ainsi que les discriminations de tous genres. Les femmes sont les premières victimes de discrimination de toutes natures. L’AFCF accompagne les femmes et les filles qui souffrent en silence et qui subissent les injustices les plus atroces et qui n’ont pas accès à leurs droits. Sur l’ensemble du territoire mauritanien, les assistantes sociales et les points focaux enquêtent, soutiennent et dénoncent pour réduire l’impunité et assurer l’émancipation des victimes de violences basées sur le genre.

 

C’est fort de ces expériences que Tdh et AFCF se sont une nouvelle fois associé avec le soutien financier de la Coopération Espagnole / AECID pour garantir l’accès à la justice pour les enfants et les jeunes en contact avec la loi, prévenir la radicalisation et la violence, notamment contre les femmes et les filles pour les 4 prochaines années.

 

Il faut souligner l’effort remarquable de la Coopération Espagnole qui va permettre aux différents acteurs de s’inscrire sur une durée de 4 ans. On sait par expérience que les évolutions, changements dans le domaine de la Justice prennent du temps, que ce soit dans les pays du Nord comme au Sud. C’est par millimètre que de réelles avancées sont visibles, durables.

 

Terre des hommes et l’AFCF se sont engagés depuis 1998 avec le Gouvernement Mauritanien pour donner un meilleur accès aux enfants /mineurs en contact avec la loi. En 1999, Monsieur le Ministre Son Excellence Dr Haimoud Ramdane occupait le poste de Chargé de mission au Ministère de la Justice. Il a contribué à l’élaboration d’un cadre légal en la matière soumis au Gouvernement. Fort de son expertise, il a accompagné de nombreux dossiers clefs pour l’évolution du droit mauritanien étant point focal de Tdh, UNICEF pour la justice juvénile, le HCR pour les réfugiés, l’OIM pour les migrants et le CICR pour le droit international humanitaire.

 

Ces efforts se sont traduits par la mise en place de structures de la justice juvénile telles que la Direction de la Protection Judiciaire de l’Enfant, les Brigades Spécialisées en Charge des Mineurs, et le Centre d’Accueil et de Réinsertion Sociale des Enfants en conflit avec la loi, ainsi que leur renforcement en capacités humaines et matérielles. De plus, un nouveau centre fermé pour enfants a permis de transférer les mineurs détenus dans les prisons pour adultes.

 

De nouvelles stratégies d’action ont été expérimentées telles que l’intervention au niveau de la base, des quartiers. Les institutions de réinsertion des mineurs en contact avec la loi ont été dynamisées en collaboration avec la société civile. Un travail important de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et plus particulièrement sur les violences sexuelles a été réalisé auprès des acteurs de la justice juvénile et de la population dans son ensemble.

 

Ces réalisations n’ont pu aboutir que par l’effort conjoint des partenaires de l’Etat directement impliqués tels que le Ministère de la Justice et la Direction de la Protection Judiciaire de l’Enfance, ainsi que les autres partenaires incontournables du MASEF, du Ministère de l’Intérieur et du Ministère des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel.

 

Les organisations internationales telles que UNICEF, Save the Children, OIM, Terre des hommes Italie, Caritas, Fondation Noura ont également largement contribué à ces avancées.

 

Des défis restent à relever. Tdh et AFCF, avec le soutien de la Coopération Espagnole / AECID ont pris l’engagement de poursuivre ces efforts avec le Gouvernement. De 2019 à 2023, les alternatives à la détention telles que la médiation pénale et les travaux d’intérêt généraux seront expérimentés et renforcés pour réduire la récidive. Nous entendons innover avec les acteurs de la justice traditionnelle pour favoriser la coordination avec le système formel et renforcer les pratiques communautaires pour prévenir le recours à la violence.

 

Le principal défi est surtout notre vive préoccupation à l’égard des trop nombreuses violations des femmes et jeunes filles. Le projet s’engage à « stimuler » les mécanismes communautaires de prévention de la violence et de règlement des conflits avec des mécanismes communautaires et législatifs renforcés afin que les femmes et les filles dont les droits sont violés accèdent à une assistance sociale et juridique.

 

Pour assurer sa réussite, le projet nécessite l’engagement de tous les acteurs réunis aujourd’hui à l’occasion du lancement officiel. 

Chers honorables invités, nous avons tous de par notre position un rôle important et différent pour renforcer l’accès à la justice des enfants et des jeunes, ainsi que pour prévenir et combattre les violences basées sur le genre.

Tous les mineurs en contact avec la loi nous regardent nous les adultes ! Nous sommes leur référence ! Ils nous jugeront un jour en tant que Homme et Femme tout comme l’Etat pour savoir comment nous avons contribué à répondre à leurs difficultés !             

J’invite tous les acteurs à